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Les élevages ovins laitiers français sont producteurs nets de protéines pour l’alimentation humaine

Nom de la fiche technique : Les élevages ovins laitiers français sont producteurs nets de protéines pour l’alimentation humaine.

Besoin/enjeu : compétition “feed/food”

Introduction

Les ruminants sont souvent pointés du doigt car ils consommeraient plus de denrées alimentaires consommables par l’Homme qu’ils n’en produisent. Cependant, ces affirmations doivent être nuancées. En effet, si l’on ne considère que les aliments effectivement valorisables en alimentation humaine, le calcul n’est plus le même. L’Homme ne consomme par exemple pas l’herbe, ni les coproduits que les industries alimentaires génèrent. Une nouvelle approche a permis de montrer que 89 % des protéines consommées par les brebis ne sont pas consommables par l’Homme, et n’entrent donc pas en compétition avec l’alimentation humaine. Ainsi, pour 1 kg de protéines consommables par l’Homme et consommé par les brebis, celles-ci produisent en moyenne 1,16 kg de protéines consommables par l’Homme dans leur lait et leur viande.

    Approche retenue

    La méthodologie appliquée est celle développée par le GIS Elevage Demain (aujourd’hui GIS Avenir Elevage). Il s’agit de calculer l’efficience de conversion des protéines et de l’énergie végétales en protéines et énergie animales pour les différents systèmes d’élevage Au sein d’un élevage, le rapport entre les produits animaux et les consommations végétales nécessaires pour les produire est calculé. Ce rapport est appelé « efficience brute » lorsqu’on prend en compte toutes les productions animales (lait et viande) et toutes les consommations végétales (herbe sous toute ses formes, céréales, corpoduits, etc.), et « efficience nette » lorsqu’on ne considère que la part consommable par l’Homme de l’alimentation animale. Dans la suite du document, le terme ‘consommable’ s’applique toujours à l’alimentation humaine. Ainsi pour chaque aliment d’une ration, deux caractéristiques nouvelles ont été précisées : la part de protéines consommables (PPC) et la part d’énergie consommable (PEC). La PPC de l’herbe est donc de 0 % alors qu’elle est de 66 % par exemple pour le blé tendre.

    La base de données Diapason (INOSYS – Réseaux d’élevage, Idele, Chambres d’agriculture), constituée de fermes de références, a été utilisée pour déterminer à l’échelle du territoire les efficiences nettes et brutes de conversion énergétique et protéique des systèmes d’élevage français. Les données traitées sont celles des années 2012 à 2016 pour les trois filières laitières de ruminants. Elles concernent pour les ovins 343 données (élevage x année) provenant de 108 élevages. Seuls les élevages livreurs ont été retenus pour l’étude. Les systèmes alimentaires, au nombre de 11 dans la base de données, ont été regroupés pour faciliter l’exploitation des résultats. Les élevages ont donc été séparés en cinq groupes – Corse, Pyrénées-Atlantiques non transhumant, Pyrénées-Atlantiques transhumant, Rayon de Roquefort zone pastorale et Rayon de Roquefort zone montagne et piedmont – et leurs résultats ont été pondérés en fonction de la représentativité nationale de chacun des systèmes, selon le recensement agricole (Recensement agricole 2010).

      Sujet : santé/alimentation

      Production : Lait

      Catégories animales : Brebis / Agneaux / Agnelles

      Résultats

      La ration des ovins majoritairement non consommable par l’Homme

      A l’aide de la caractérisation des aliments selon leur part d’énergie ou de protéines consommable, le pourcentage non consommable par l’Homme des différentes rations a pu être fait. Ainsi, en moyenne dans les élevages ovins laitiers français, 88 % de l’énergie et 89 % des protéines des rations des animaux sont non consommables par l’Homme. Les brebis valorisent donc une majorité d’aliments qui sont non valorisables en alimentation humaine, et les transforment en aliments à haute valeur nutritionnelle.

      Les élevages ovins sont consommateurs nets d’énergie

      Les systèmes ovins laitiers ont de faibles niveaux d’efficience énergétique brute avec une moyenne de 0,07 (Tableau 1) et une faible variabilité (écart-type = 0,01). Donc pour 1 kcal d’origine végétale consommée par un troupeau, seulement 0,07 kcal est disponible en sortie dans le lait et la viande produits. Cette efficience s’améliore cependant si l’on ne prend en compte la fraction non consommable par l’homme de la ration. Ainsi les systèmes ovins laitiers ont des efficiences énergétiques nettes en moyenne de 0,63 (Tableau 1). L’efficience énergétique nette présente une variabilité inter-systèmes faible pour les systèmes ovins puisqu’elle varie de 0,59 à 0,67. En intra-système, elle est en revanche plus importante. Le choix de la nature des aliments consommés par les troupeaux constitue donc une solution technique envisageable pour améliorer ce critère.

      Les élevages ovins sont producteurs nets de protéines

      Les systèmes ovins laitiers présentent de faibles niveaux d’efficience protéique brute avec une moyenne de 0,13 (Tableau 1). Donc pour 1 kg de protéines d’origine végétale consommées par un troupeau, seulement 0,13 kg de protéines sont disponibles en sortie dans le lait et la viande produits. Cette efficience s’améliore cependant très fortement si l’on ne retient que la partie consommable par l’homme de la ration. Les systèmes ovins laitiers ont des efficiences protéiques nettes d’en moyenne 1,16 (Tableau 1). Ainsi, ils produisent en moyenne 16 % de plus de protéines animales par rapport à leur consommation de protéines végétales consommables. Les systèmes étudiés sont producteurs nets de protéines pour l’alimentation humaine. La variabilité inter-systèmes est en moyenne de 0,54. En intra-système, elle est en revanche plus importante. Le choix de la nature des aliments consommés par les troupeaux constitue donc encore une fois une solution technique envisageable pour améliorer ce critère.

      Tableau 1 : Efficiences énergétique et protéique brutes et nettes des systèmes ovins laitiers

      Système alimentaire

      Efficience énergétique brute

      Efficience énergétique nette

      Efficience protéique brute

      Efficience énergétique nette

      Corse (n=33)

      0.06

      0.61

      0.10

      1.38

      Pyrénées-Atlantiques, transhumant (n=46)

      0.06

      0.60

      0.10

      1.28

      Pyrénées-Atlantiques, non transhumant (n=54)

      0.08

      0.59

      0.14

      1.28

      Rayon de Roquefort, zone pastorale (n=84)

      0.08

      0.65

      0.14

      1.02

      Rayon de Roquefort, zone montagne et piedmont (n=126)

      0.09

      0.67

      0.15

      1.02

      Moyenne pondérée française

      0.07

      0.63

      0.13

      1.16

      Pistes d’amélioration pour l’efficience nette des élevages

      Dans les systèmes laitiers étudiés, les efficiences nettes énergétique et protéique sont d’autant plus élevées que la part d’aliments peu ou pas en compétition avec l’alimentation humaine est importante. Ainsi l’herbe, qu’elle soit pâturée, affourragée ou récoltée, est un levier très important pour augmenter l’efficience de conversion. On constate d’ailleurs que les systèmes misant plus sur le pâturage (Corse, Pyrénées-Atlantiques transhumants), en parcours ou en estives, ont les meilleurs résultats d’efficience protéique nette (EPN) (Tableau 1). De la même façon, le bassin pyrénéen affiche une efficience nette supérieure au Rayon de Roquefort où la quantité de concentrés distribuée est plus élevée. Les EPN sont tout de même en moyenne supérieures à 1 dans le bassin de production du Roquefort. Cela est lié à une plus forte productivité laitière qui traduit une bonne valorisation de la ration pour produire des protéines alimentaires pour l’homme. De plus, les élevages faisant davantage appel à des coproduits qu’à des matières premières en l’état ont en moyenne des efficiences plus importantes. L’intérêt des coproduits est d’avoir des proportions d’énergie et de protéine consommables par l’homme plus faibles que les matières premières brutes. Un bon équilibre entre production laitière et consommation d’aliments favorise également les efficiences nettes.

      Pour exemple, un essai a été réalisé sur deux lots de 40 brebis qui ont reçu chaque jour une même ration de base composée d’un mélange d’ensilages de maïs et de RGI et d’un enrubannage de RGI, en proportions égales de matière sèche (MS). Pour la complémentation le lot Témoin, alimenté avec la ration classique de l’exploitation, a reçu de la luzerne déshydratée, de l’orge et un concentré du commerce. Le lot Essai, alimenté avec la ration sans compétition, a reçu de la luzerne déshydratée, de la pulpe de betteraves déshydratée et de la drêche de maïs sous forme sèche.

      La quantité de protéines en compétition a été estimée à 6 g/j/brebis pour le lot Essai contre 110 g pour le lot Témoin. En parallèle, la production laitière a été équivalente, une perte de taux protéique autour de 2 g/l a pu être notée, ainsi qu’une baisse du taux d’urée autour de 90 mg/l.

      Conclusion

      Dans le contexte actuel, la thématique de la compétition feed/food peut être intéressante à regarder. ans en faire un critère de conseil à part entière, il peut être valorisant pour un éleveur de mettre en avant que ses brebis consomment principalement des ressources, comme l’herbe ou les coproduits, qui n’entrent pas en compétition avec l’alimentation humaine. Avec les réserves d’avoir les résultats d’un seul essai, il semble même possible de réduire la part de l’alimentation en compétition avec l’alimentation humaine sans perdre ni quantité ni en qualité de lait.

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