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Apporter des acides-aminés dans l'alimentation

Nom de la fiche technique: Apporter des acides-aminés dans l’alimentation

Besoin/ Enjeu : Concentration de protéines dans la ration (concentrés + fourrages)

Introduction :

Les acides aminés (AA) apportés par la ration des petits ruminants jouent un rôle essentiel dans le maintien de la santé et de la productivité des animaux. Le contrôle des apports en AA remplit deux objectifs majeurs : atteindre le potentiel génétique en production et assurer la santé des animaux (Liu et Masters 2000, 2003). La filière ovine produisant de la viande, du lait et de la laine, le niveau de protéines contenus dans ces produits est donc un élément essentiel pour assurer la productivité. De plus, les apports corrects en AA favorisent la synthèse des protéines dans les glandes mammaires et les follicules de la laine, ainsi que l’assimilation des protéines pour la croissance, soit la différence entre la synthèse et la dégradation des protéines (Wu 2018).

Réflexions autour des apports en AA

Afin répondre aux besoins de l’animal, les protéines sont d’abord assimilées par l’intestin, puis convertis en AA pour ensuite être transportés vers les sites de synthèse. Chez les animaux d’élevage, les protéines sont classées par qualité et quantité en « profils » (proportion d’AA individuels par rapport au total d’AA ou de protéines) et par quantité d’AA essentiels absorbés par le petit intestin. Contrairement aux animaux monogastriques, les ruminants transforment les protéines à l’aide des micro-organismes du rumen en ammoniac, acides aminés et peptides, qu’ils utilisent ensuite comme sources d’azote pour assurer leur propre croissance (Wu 2018).  La plupart des protéines sont digérées par les microorganismes du rumen qui s’en servent de source d’azote pour synthétiser leurs propres protéines. Ces protéines microbiennes entrent ensuite dans le petit intestin puis sont utilisées par l’hôte (Agricultural Research Council 1984). Cependant, certaines protéines peuvent échapper à cette digestion ruminale. Le profil en AA des protéines des microbes ruminaux est ainsi utilisé pour estimer le profil disponible à l’hôte, à moins que la protéine ait été transformée pour faciliter sa digestibilité dans le rumen.

Apporter des AA chez les animaux d’élevage permet surtout de faire correspondre le profil en AA, notamment les AA essentiels, des protéines passant par le petit intestin [c’est-à-dire les protéines digestibles] aux profils en AA des produits. Cet apport se fonde sur l’idée que le corps n’a pas besoin de modifier le profil en AA des protéines digestibles lors d’une nouvelle synthèse de protéines, car toute modification de ce type diminue l’efficacité des AA. Afin d’évaluer l’offre et la demande, il suffit de comparer les profils en AA des protéines digestibles à ceux des produits animaux.  S’il y a moins d’AA essentiels dans la protéine microbienne ruminale que dans les protéines du produit, il est probable que l’apport de ces AA ne suffira pas à l’organisme.

Apporter des AA pendant la lactation

Apporter des AA dans l’alimentation est important, car ils participent à la synthèse des protéines du lait ainsi que la prolifération et le fonctionnement des cellules de la mamelle. Les AA protégés sont utilisés chez les brebis laitières pour accroitre la production de lait pendant la période d’allaitement (Lynch et al., 1991; Baldwin et al., 1993) ou la lactation (Bocquier et al., 1994). (Lynch et al., 1991) ont étudié la complémentation en Méthionine (0,11 %) et Lysine (0,28 % de deux concentrés pour brebis en lactation en variant les niveaux de protéines (10 et 16 % de protéines brutes). Les résultats ont montré un meilleur rendement laitier (+11 %) pour les brebis nourries au concentré à haute teneur en protéines, mais sans différence significative. Les protéines du lait n’ont pas été affectées dans ces deux essais.  Comme observé par Baldwin et al., l’apport de Méthionine rumino-protégée (0,2 %) dans les concentrés a légèrement augmenté le rendement laitier (+2 %) et la quantité de protéines dans le lait des brebis Dorset. De plus, il a été démontré sur des brebis Lacaune que le taux protéique du lait peut être augmenté en ajoutant 3 à 6 g/jour de Méthionine rumino-protégée au début de la période de traite (Bocquier et al., 1994). Ces brebis présentaient ainsi un bilan alimentaire positif (respectivement 117-120 % et 120-140 % des besoins en énergie et en protéines couverts). La Méthionine était plus assimilée dans la ration à base d’ensilage que dans la ration composée de foin, ce qui indique que la teneur en Méthionine pourrait être l’AA limitant dans cette dernière ration.  Le rendement laitier et le TB n’ont pas été impactés par cette supplémentation.

Implications

Il ne semble pas y avoir d’AA « limitants » dans la lactation des brebis. Les profils en AA sont très similaires entre le lait et les microbes du rumen, ce qui semble indiquer que la protéine microbienne répond aux besoins de synthèse des protéines du lait sans modification majeure.  Si vous souhaitez apporter des protéines rumino-protégées dans la ration, il faut le faire assez tôt dans la période de lactation, lorsque les besoins sont difficiles à couvrir.

Sujet : Alimentation

Production : Lait / Viande

Catégorie animale : brebis

Pays : Espagne

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